dimanche 12 octobre 2008

10 ZAN !

Île en île - 10 ans !

New York, le 12 octobre 2008

10 ZAN!

J’ai trouvé le morceau de musique approprié pour l'occasion, «Kala» du disque 10 Zan de Ziskakan.

Ça fait 10 ZAN aujourd'hui que j'ai mis le site Île en île en ligne pour la première fois.

Je vous invite à lire mes réponses aux questions de Stève Puig, «Île en île ; dix questions pour dix ans». L'espace de ce blogue (X-centri-cités) vous invite également à réagir à l'entretien ou à laisser vos remarques au sujet du site (voir «commentaires» ci-dessous).

C'était un moment approprié pour faire un bilan de cette base de données présentant la littérature et les écrivains des îles :
Haiti, Martinique, Guadeloupe, Guyane

Maurice, Réunion, Comores, Madagascar

Nouvelle-Calédonie, Polynésie
bien plus de 200 dossiers d'auteurs -- biographies, bibliographies, extraits de textes, enregistrements sonores...

merci de célébrer cet anniversaire en parcourant le site pour découvrir des auteurs « insulaires » et leurs oeuvres si diverses, si riches...

10 ans !

TCS

dimanche 5 octobre 2008

Virée montréalaise

New York, le 5 octobre 2008

On me demande de mes nouvelles ; c'est toujours «débordé» comme réponse. Ah, si on pouvait avoir une petite rente, comme André Gide, pour s'occuper des passions... Ce blogue n'en est évidemment pas une ; à peine si j'arrive à y afficher un mot une fois tous les six mois. Trop souvent nécrologique, d'ailleurs.

J'avais justement envie de faire un mot lors de la disparition de Tony Duvert... Le passage de l'auteur du Journal d'un Innocent, L'Enfant au masculin et Le bon sexe illustré mérite attention, et hommages... Une pause.

Virée à Montréal ? C'était pour le FIL, le Festival International de la Littérature.


Dans son article, «Le Legs d'Aimé Césaire au Festival International de la Littérature», Elsa Pépin présente le FIL dans La Presse du 25 septembre. Parmi les invités:
Le FIL invite également Christiane Yandé Diop, qui fut au coeur de la vie littéraire de Césaire depuis ses débuts. [Elle] dirige aujourd'hui les éditions Présence africaine depuis la mort de son mari, Alioune Diop. Fondée en 1947, la revue parisienne deviendra une maison d'édition et contribuera à la diffusion de la culture africaine et des oeuvres de Césaire. [...]

Née dans le Paris d'après-guerre, alors que «les Africains, Antillais et Asiatiques se sentaient mis à l'écart et voulaient se regrouper pour parler de leur identité», Présence africaine génèrera notamment deux congrès mondiaux des écrivains et artistes noirs (Paris-1956 et Rome-1958), raconte Mme Diop. [...]

Selon elle, le principal héritage légué par Césaire est d'avoir fait comprendre l'importance de la culture pour l'émancipation des peuples. «On a peur de la culture, parce qu'elle éveille les consciences, mais sans elle, je crois que l'Afrique avancera difficilement.»

C'était donc mon rôle d'interviewer Mme Diop devant un public dans le beau nouvel édifice de la Bibliothèque et Archives Nationales du Québec. Elle nous a offert une historique de la revue, de la librairie et de la maison d'édition Présence Africaine (dont le site semble en panne aujourd'hui) et a évoqué quelques regrettés, dont feu son mari Alioune Diop, le cinéaste et écrivain Sembène Ousmane, le poète Jacques Raharimananjara et d'autres intellectuels restés fidèles à l'aventure de Présence Africaine.


Aimé Césaire était le thème de l'intervention. Parmi les questions : «Où commencer?» une lecture d'Aimé Césaire si vous ne connaissez pas son oeuvre. Mme Diop a proposé Discours sur le colonialisme comme réponse, puisqu'une autre intervenante disait qu'elle trouvait Césaire difficile. (Difficile? Et Gaston Miron? Qu'est-ce qu'un auteur «difficile»?) Mais on est restés d'accord pour Cahier d'un retour au pays natal.

Vous pouvez écouter le court entretien de Didier Oti avec Mme Diop sur le site de l'émission "Tam-Tam Canada" sur RCI (dans la 2e partie de l'émission du 26 septembre).

La veille, le FIL avait organisé un Cabaret Césaire. Conçu par Rodney Saint-Éloi, des Éditions Mémoire d'encrier, quatre comédiens ont mis en scène et en lecture Le Cahier : les actrices Mireille Métellus et Pascale Montreuil, le poète Franz Benjamin et le comédien et chroniqueur Michel Vézina. Leur jeu était intercallé de clips vidéo, avec des auteurs et critiques qui parlaient de l'héritage d'Aimé Césaire. La salle a vivement applaudi après un extrait vidéo où Césaire, le politicien-poète révolté, appelait avec tant de force à élever la race : nègre, humaine.

Cela se passait le soir du premier débat entre les candidats pour la présidence des E-U, les sénateurs McCain et Obama. La coïncidence a permis une réflexion sur les politiciens et hommes d'action qui inspirent, ou non.

J'ai pu retrouver avec plaisir Mélikah Abdelmoumen, de passage dans sa ville natale pour la sortie de son 5e roman, Victoria et le vagabond. Vous pouvez écouter l'entretien avec Mélikah Abdelmoumen sur le site de l'émission de Radio Canada animée par Lorraine Pintal, Vous m'en lirez tant. (Et profitez de l'émission pour écouter Ying Chen, rarement à la radio, qui parle de son nouveau roman, Un enfant à ma porte.)

Il y aura certes d'autres articles et recensements dans les pages de la rentrée québécoise assez riche. Quant aux autres nouveautés, je n'ai pu résister ni à quelques nouvelles parutions (avec leur disque CD) de chez Planète rebelle ni au Mystérieux voyage de Rien, nouveau roman d'Antonine Maillet qui marque ses 50 ans de carrière littéraire. À suivre dans les pages littéraires de Voir, Le Devoir, La Presse, Ici (Canoë), Nuit Blanche, Le Libraire...

Le groupe Mes Aïeux (allez voir) remplit une des pages culturelles aujourd'hui dans La Presse, «Les Aïeux reviennent en ville». On m'a fait écouter ; purement montréalais dans l'originalité de la musique «(néo-)trad».

Dans un magasin de livres usagés samedi, j'entends et puis je vois défiler sur la rue Mont-Royal une manifestation en faveur du droit à l'avortement. Je crois rêver, pensant que le droit à l'avortement et au planning familial était chose acquise au Canada, pays où il y a un système de médecine sociale (et où les couples homos se marient avec 100% des droits des hétéros). Mes amis québécois votent pour des candidats de plusieurs partis (NDP, Bloc québécois et Parti Liberal), mais aucun d'entre eux pour les Conservateurs qui, forts en dollars de leur désastre écologique du sable bitumineux de l'Alberta (copains de notre «Drill Baby Drill» Sarah Palin), cherchent à présenter un gouvernement de majorité après les élections nationales la semaine prochaine (le 14 octobre).

Au cas où vous pensez que les francophones et les anglo-saxons ont les mêmes tendances culturelles et journalistiques, regardez le clip hilare «Culture en péril», fait pour répondre aux coupures du gouvernement Harper dans le budget culturel canadien.

Montréal bouge...

Évidemment impossible à trouver des places pour Seuls, de Wadji Mouawad avec l'auteur dans sa propre création au Théâtre d'Aujourd'hui. La scène vit : une adaptation de La vie devant soi de Romain Gary au Rideau Vert, avec Louise Marleau... mais qui sait pourquoi c'est Beckett qui me tente toujours ; il y a Oh les beaux jours à l'affiche en ce moment à l'Espace Go...

Le mois du créole a débuté le jour de mon retour : un mois d'activités qui ont lieu actuellement à Montréal. Mais je dois rentrer...

Retour par Amtrak : vitesse du XIXe siècle (plus de 11 heures pour un trajet que l'on fait facilement en 7 par voiture), confort fin XXe (on peut brancher son ordi et, au wagon-café, on vous fait réchauffer la bouffe au four micro-ondes). Un beau trajet qui longe le lac Champlain et le fleuve Hudson. Dans un article du New York Times du 2 octobre, le jour de mon retour, j'ai appris qu'on se réveille un petit peu à Washington à la possibilité de soutenir nos transports en commun; «After Several Dark Years, Amtrak Does Well in Congress»:
The passenger railroad has had 12 years of “just barely survival budgets” [...] including two years in which the Bush administration proposed a zero budget. [...] The railroad’s fortunes may depend heavily on the presidential election; John McCain, the Republican nominee, has long been one of the Senate’s foremost opponents of Amtrak.
En voilà pour quelques images fraîchement montréalaises. Merci Michelle Corbeil, directrice générale et artistique du FIL, merci Madame Diop d'avoir fait le déplacement depuis Paris, merci Montréal et aux amis montréalais! J'y retourne, dès la fonte de la neige de l'hiver qui s'approche.

Les premiers bagels Fairmont ont déjà été consommés ; du moins il y a maintenant une nouvelle réserve au congélateur.

mercredi 7 mai 2008

Jean-Claude Charles, «bachelor» du Marais

Taraudé par la terre de mon enfance, mais homme d'écriture et de plusieurs cultures, je n'ai pas d'autre patrie que les mots. Pas d'autre pari que celui de faire connaître un espace et un exil mal connus.
Jean-Claude Charles est mort aujourd'hui à Paris. De façon définitive, l'enracinerrant (son propre néologisme) prend vol depuis Paris, Port-au-Prince, Harlem et ailleurs pour continuer son enracinerrance dans l'au-delà...

J'ai pris cette photo de Jean-Claude en juillet 2003, rue des Archives à Paris, pas loin de chez lui. C'était ce jour-là je crois où un article de la revue L'Histoire, sur Haïti, l'avait fait divaguer sur la disparition de l'Acte de l'Indépendance d'Haïti. Cette histoire l'obsédait : deux ans après, il en reparle dans sa chronique pour Haïti Tribune, un article qu'il appelle «L'énigme du Palais». L'Acte a été «égaré», précise-t-il, non pas «perdu». Il spécule sur les chances de retrouver le document précieux...
Il n'échappe pas à l'observateur le moins attentif que la mémoire longue du peuple d'Haïti, au-delà des rapports réel/imaginaire, oralité/écriture, etc. appelle cette mise en perspective permanente de l'amont et de l'aval, hier et aujourd'hui. Loin de jeter la suspicion sur la matérialité de l'Acte, cette démarche, reliée à une investigation à travers l'abondante historiographie haïtienne et autres archives pourrait bien ouvrir des pistes insoupçonnées. Si l'on admet que l'objet de notre recherche a bel et bien existé, il faut alors reconnaître qu'il aura, à un certain moment, disparu. À quel moment cette disparition a-t-elle eu lieu ? Comment ? Quelle chance avons-nous de trouver l'introuvable ?
Une disparition beckettienne, on attend toujours retrouver de telles «reliques» de la République haïtienne.

Ce soir, il s'agit plutôt de la disparition de Jean-Claude, partie en fumée.

Cette photo a été reprise, toute petite et in black and white, dans le chapitre que Dany Laferrière consacre à Jean-Claude Charles dans Les années 80 dans ma vieille Ford (Mémoire d'encrier, 2005). En 1983, Dany Laferrière voit chez Jean-Claude «un long jeune homme avec des jambes interminables et un style télégraphique» ; le texte de Dany qui me rappelle les «longues mains brunes et minces» de Jean-Claude Charles, et surtout son écrivain fétiche : Chester Himes.

Jean-Claude était obsédé par Chester Himes comme Sartre par Flaubert. Une oeuvre devait en résulter, des improvisations sur un air de Himes, imagination fraternelle. Chester Himes donnait le «la» : le style, le jazz de Chicago et de Harlem, le blues du Mississippi.

Pour son dossier sur le site Île en île, un jour à Manhattan j'ai enregistré Jean-Claude Charles lire quelques poèmes de La Route du Blues. Écoutez voir ; 15 minutes. Versez-vous un Barbancourt pour donner l'ambiance. Straight, no chaser.

Jean-Claude a bien connu le blues. Le blues de Harlem, du Mississippi. Le blues américain.

écoute Cécile si tu ne sais pas jouer du blues
tu ne joueras jamais vraiment du jazz
(Muddy Waters)

Le rêve américain. Life, liberty and the pursuit of happiness. Il a rendu compte de nos prisons, Jean-Claude, avec un titre trompeur, De si jolies petites plages (Stock, 1982). Vision socioculturelle, témoignage de la vie carcérale des boat-people -- «emprisonnés pour délit de recherche du bonheur, droit reconnu pourtant par la Constitution américaine» -- avec qui il partageait une terre natale.

Diaspora de Duvalier père, exilé de la première génération, c'était un «malade de [sa] mère, ce morceau d'île qui baigne entre Cuba et Porto Rico». Nègre enracinerrant, il fréquentait des bars malfamés en Amérique, on the wrong side of the tracks, là où le blues se partageait dans une harmonie de rasades envoyées, de paroles, de fumée et de musique. À titre de journaliste, il rentrait dans les prisons de l'Oncle Sam des années 1970. Sur ses compatriotes emprisonnés :
Première spécificité : l'image qui s'impose serait bien celle de sinistrés désertant le théâtre de quelque catastrophe naturelle -- deux décennies de cyclone Duvalier. Deuxième spécificité : voilà les seuls boat-people du monde à se réfugier dans les bras des responsables directs de leur malheur.
De si jolies petites plages
a été publié en 1982. De façon personnelle, Jean-Claude Charles y témoigne du rêve américain vécu par certains parmi le premier million d'Haïtiens exilés sous la dictature des Duvalier. Plus de vingt-cinq ans plus tard, ça ne change pas tant que ça dans les prisons étatsuniennes : voir l'exemple en Floride raconté par Edwidge Danticat (Brother, I'm Dying, 2007) ou lire les dernières nouvelles de Guantanamo...

C'est à Harlem que j'ai rencontré Jean-Claude, chez Bill (qui figure dans les textes de Free). Maison de célibataires, de bachelors... Jean-Claude a élu quartier-général chez Bill qui avait, lui, ce don de réunir chez lui un monde disparate d'hommes en manque de femmes ou de famille : artistes, solidaires en marge, chacun sa chambre. Dans les espaces communs, un va-et-vient de poètes, de paumés, de peintres, de littéraires. Blacks qui ont connu toutes les appelations jusqu'à l'actuelle African-Americans, même s'il fallait ajouter d'autres préfix (Haitian-, Jamaican- Native American-) à l'appartenance Américaine....

Harlem. Clubs, bars, boîtes. The Schomberg. Broadway qui passait en-dessous des fenêtres de la chambre de Jean-Claude. Blues, chez Bill. Si possible, du Barbancourt. Et toujours un volume de Chester Himes.

Peu intéressé par la publication de la nouvelle édition de Yesterday Will Make You Cry de Himes en 1998, Jean-Claude était tout de même curieux de savoir ce qu'en disait la presse. La nouvelle édition rétablissait tout ce qui avait été censuré de l'édition des années 1950 quand les éditeurs avaient jugé nécessaire de modifier le point de vue de la narration, et d'expurger tant de scènes de la vie carcérale et de l'homosexualité.

Entre les lignes se lit la fraternité des hommes qui n'a cure des sexualités ou des «races». La fraternelle poésie trimballe ses pauvres vérités en forme de stylos, de cigarettes, de paroles.

Je reprends la photo ; on recule. Derrière Jean-Claude, la boutique qui s'affiche Mod's Hair souligne chez lui un soupçon d'afro des années 1970, traîné avec la fumée qui signale également un temps révolu.

Bill a vendu sa maison : la chambre à Harlem de Jean-Claude n'est plus là. Chantons un blues pour la maison d'hommes célibataires, dandys de Harlem, enracinerrants, fantômes qui passent. Avec un air de jazz, Free Time.

Free
(son dernier recueil).

Thank God Almighty, I'm free at last.

L'année dernière (2007), j'ai publié un recueil de courts textes d'auteurs haïtiens, Une journée haïtienne. Le dernier texte du recueil allait être celui de Jean-Claude Charles, «Ceci n'est pas une fiction», avec une dateline de Paris, le 8 décembre 2006. Ce sera une autre fin inachevée, un texte dont il n'a écrit que le titre.

Plus de 20 ans après sa première publication à Paris, son roman Bamboola Bamboche est réimprimé aux Presses Nationales d'Haïti en 2007. L'occasion permet à l'homme de revenir en Haïti comme l'écrivain qu'il est devenu depuis son départ plus de 35 ans plus tôt.

Ceci n'est pas une fiction.

Dandy des temps modernes, ce nègre habitait une garçonnière dans le Marais. Les temps changent, les célibataires aussi. Free, ce «nègre en cavale» comme il le dit de son ami Dany Laferrière,
... les jazzmen free n'ont pas peur de mélanger les harmoniques hauts comme leur mère et très graves quand ils jouent aux méchants et parfois ça déraille un peu beaucoup comme un train du sud profond tu vois bourré de nègres en cavale
Jean-Claude Charles nous a laissé de quoi (ra)conter longuement. Je l'ai connu maigre comme un clou, ses longues jambes se pliaient pour la conversation qui revenait souvent aux refrains de Chester Himes, de jazz, de Harlem, de Barbancourt et de l'énigme haïtienne.

Il faut qu'on raconte Jean-Claude, il faut qu'on le lise. L'écrivain de l'époque Duvalier, l'époque Black Power. Du Free Jazz. Sainte Dérive des cochons (1977) précède celle de Manhattan Blues (1985) et Ferdinand je suis à Paris (1988). L'oeuvre de l'enracinerrant reflète les réalités de plusieurs pays d'une époque mouvementée.

Je n'ai pas eu l'occasion de dire adieu à l'ami. J'espère que d'autres témoigneront de l'homme et de l'écrivain qui vient de nous quitter.

Jean-Claude Charles lègue sa parole singulière aux générations actuelles et à venir, à Elvire, à tous les enracinerrants...

À la sienne !

jeudi 29 novembre 2007

transatlantiques

New York, 29 novembre 2007

Transatlantiques vers la poésie, vers la lumière.

Pendant qu'il y a encore de quoi nourrir en pétrodollars ces nouveaux paquebots, autobus aériens, de pétrole iraquien, venezuélien, russe, canadien...
Ô Fric, je te chante dans le râle des mourants, les trafics d'armes brillantes
Brillantes comme l'éclat du jour dans tes yeux naissants à l'autre bout du monde si nu
Ô Fric, je te chante dans les oléoducs jaillissants, les bourses des temples,
Les pistes du ciel en tous sens les pavots fleuris sur les tombes des camés, des foutus.
Des pauvres connards rêveurs brûleurs d'encens.
C'est moi qui souligne, extrait du poème de Claire Karm, Ô Fric ! (cliquer pour lire en entier, et pour écouter l'auteure lire le poème).

Voyages entre continents, amis en vadrouille pour répandre de grosses vagues de paroles, par et pour des écrivains. Y en a qui s'en vont vers Port-au-Prince, pour un hommage à Jacques Roumain, dont c'est l'année centenaire (27 au 30 novembre, voir le programme sur le site Potomitan) et pour le festival Etonnants Voyageurs (du 1er au 4 décembre). D'autres, vers Kourou, où aura lieu le Symposium International Damas, en hommage à Léon-Gontran Damas, symposium organisé par la Députée Christiane Taubira (le 30 novembre). Dans un entretien, Mme Taubira explique pourquoi il y aura, au programme, tant d'étudiants, collégiens et lycéens, qui..
... entrent en scène et disent librement, sous la forme qu’ils ont choisie (exposé, vidéorama, spectacle vivant, exposition, etc) ce qu’ils comprennent et retiennent du poète, à leur âge et à leur époque. Ils le resituent dans l’espace et dans le temps, puisque les travaux présentés porteront sur son œuvre, mais aussi sur Césaire, Senghor, la Négritude, la Créolité et la diversité culturelle, reliant Damas au courant littéraire et social qu’il a fortement contribué à formuler. [...] Les jeunes sont des promesses qui se tiennent. Quels que soient nos rêves, nos utopies, nos désirs de surpassement, il y a toujours un ou des jeunes pour leur donner chair. Et lorsqu’ils flanchent, pour peu qu’on se souvienne qu’ils ne sont qu’au début de leur vie et que rien n’est définitivement joué pour eux, et qu’on leur fasse confiance, ils réalisent des merveilles.
Une belle initiative où la poésie vit chez les jeunes étudiants qui lisent, composent, riment, réfléchissent.

Ça me fait penser au succès de James Noël, en banlieue parisienne en ce moment, Rumeurs urbaines obligent. Voir « Poésie caribéenne, "une fête à la santé des mots" », un résumé de son passage au collège Alfred de Vigny, à Courbevoie* le 26 octobre dernier. L'urgence d'écrire. Rires.

Cherchant une illustration d'un transat – cette chaise, pliante, au bord des paquebots du même nom – j'ai trouvé mon exemple sur le site de l'Association French Lines :
L'Association French Lines a pour objet la mise en valeur du patrimoine des compagnies maritimes françaises, notamment celui de la Compagnie Générale Maritime et de la Société Nationale Maritime Corse Méditerranée. Il couvre plus d'un siècle et demi de l'histoire maritime française à travers les collections provenant de la Compagnie Générale Transatlantique™ et des Messageries Maritimes™. Des navires prestigieux ont marqué cette histoire tels que le paquebot France™ et le paquebot Normandie
Je cherchais une illustration, non pas étymologie, et les autres exemples trouvés démontrent que, effectivement, les voyageurs contemporains, habitués aux cars aériens, mélangent torchons et serviettes :
Pour illustrer l’étroite relation entre ces chaises longues et les paquebots transatlantiques, remarquons l’abus de langage que nous employons pour désigner aujourd’hui ce mobilier : ne parle-t-on pas d’un « transat » lorsque l’on s’assoit sur une chaise longue ?
Fascinant, le site. Histoire illustrée des Transats sur des transatlantiques.

Le temps se mesurait autrement à l'époque. Ça fait penser aux rythmes de Novecento, le protagoniste pianiste du roman éponyme d'Alessandro Baricco. "Il jouait je ne sais quelle diable de musique, petite, mais... belle". Jelly Roll Morton. Le piano sur lequel Novecento joue se met à glisser sur le parquet de la salle de bal, suivant les vagues et les mouvements du bateau qui tangue :
Et pendant qu'on voltigeait entre les tables, en frôlant les lampadaires et les fauteuils, j'ai compris, à ce moment-là, que ce qu'on faisait, ce qu'on était en train de faire, c'était danser avec l'Océan, nous et lui, des danseurs fous, et parfaits, emportés dans une valse lente, sur le parquet doré de la nuit. Oh yes.
Plus tard, Novecento joue un morceau "à virtuosité folle", rivant son public:
... ils restèrent là, sans rien dire, complètement éberlués, même après cette dernière charge meurtrière d'accords, qui avait l'air d'être jouée à cinquante mains, on aurait cru que le piano allait exploser. Et dans ce silence de folie, Novecento se leva, prit ma cigarette, se pencha un peu vers le piano, par-dessus le clavier, et approcha la cigarette des cordes.
Un grésillement léger.
Il s'écarta, et la cigarette était allumée.
[je cite de la traduction de Françoise Brun (Gallimard) de Baricco, dont la musique va jusqu'à L'Âme de Hegel et [aux] Vaches du Wisconsin... ]
Voilà une traversée en style. Pourquoi n'avons-nous pas de salle de bal dans les avions, avec un piano à queue ?

Plus de transats pour se bronzer pendant la traversée. Plus de soleil, on n'a plus de temps pour des traversées consacrées au farniente.

Au-dessus, j'entends des avions sur New York. Au mois des sagittaires. On dit que nous avons la bougeotte.
"Notre" planet est Jupiter, mais je préfère penser à Saturne, puisque le mois du sagittaire se termine au solstice d'hiver et avec les fêtes saturnales. (Par curiosité, j'ai trouvé d'autres personnes nées avec Saturne en Sagittaire, comme moi : Arletty*, André Gide, Juliette Greco tiens, sur YouTube, on peut la voir/écouter chanter "Déshabillez-moi" [1967, trop cute] , Alfred Hitchcock, Claude Nougaro, Emile Zola... Une bonne compagnie.)

The Archer... avec sa flèche phallique, sa/son Spear, sa sagaie de Sagittaire :

Optimistic and freedom-loving
Jovial and good-humored
Honest and straightforward
Intellectual and philosophical

Blindly optimistic and careless
Irresponsible and superficial
Tactless and restless

Transatlantiques virtuels.

TCS

samedi 13 octobre 2007

Alfred Largange, 1971-2007

New York, 13 octobre 2007

Hier, avec cet anniversaire curieux qui marque aux États-Unis (et ailleurs) l'arrivée, le 12 octobre 1492, de Christophe Colomb... aux Indes, n'est-ce pas... et, ayant moi-même terminé deux gros projets, la journée de Colomb était trop marquée (étant également la date choisie pour débuter le site Île en île il y a 9 ans), et j'ai pensé à Alfred Largange. Pourquoi Alfred? parce que la voix de Joseph Zobel m'est venu à l'esprit, quand Zobel parle de Colomb. Yane Mareine a fait enregistrer Joseph Zobel qui lit un beau texte drôle de Yane. Je crois avoir déjà partagé cet enregistrement avec Alfred.

Pour Alfred donc, je vous invite à faire jouer la voix de Joseph Zobel, lisant un texte de Yane Mareine, bel enregistrement qu'elle a utilisé dans son spectacle Les chants graffiti (descriptif dans le dossier sur Yane sur le site Gens de la Caraïbe) en 2001. Cliquez sur l'image ci-après à droite pour écouter Joseph Zobel (1'26") lire le texte qui suit:
Ainsi, il y eut un soir
il y eut un matin
la mer

d'autres soirs
et d'autres matins

la mer
la mer

soir et matin
soir et matin
la mer
la mer

toujours
la mer


Peur ou dedans
dehors
la mer


Il y eut calme plat
et tempêtes sous les crânes
Il y eut trouille au ventre
et horizons perdus
soixante-neuf jours
soixante-neuf nuits
la mer

Il y eut un soir
Il y eut un matin
Colomb vit que cela était bon

Le 12 octobre 1492
il patauge dans l'eau
jusqu'à mi-cuisses
et jubile,
Les Indes !

Les Indes !

En réalité, le soleil qui l'aveugle
est celui des Antilles

Il était gentil, Colomb !
mais il était con !
Il était CON !
Je viens de parler avec Yane Mareine qui me permet de mettre ça en ligne pour vous, pour Alfred.

Alfred Largange est mort soudainement le mois dernier. Voir cette page-hommage à Alfred Largange (par Francesca Palli, sur Potomitan). Je ne l'ai jamais rencontré, Alfred, mais nous avons établi une correspondance depuis plusieurs années. Cela a dû commencer au sujet d'Aimé Césaire, le premier auteur présenté sur le site d'Île en île dès l'ouverture du site... le 12 octobre 1998. Cela devait être Alfred qui m'avait écrit. Sans connaître mon correspondant, j'aurais facilement pris Alfred pour un vieux (¡ Ce n'était pas le cas !), jugeant par son prénom plutôt rare depuis une quarantaine d'années (voir le site notrefamille.com, pour la popularité des prénoms en France).

La présentation d'Aimé Césaire était longtemps en ligne sur Île en île sans texte biographique. Alfred Largange a offert d'écrire une présentation, en ligne depuis lors et par la suite souvent recopiée et imprimée ailleurs, presque toujours avec le nom d'Alfred Largange enlevé. Reproduit tel quel dans le recueil Hurricane, cris d'insulaires (Desnel, 2005), Suzanne Dracius (qui avait réuni le recueil) m'avait informé par la suite que c'était le bureau même d'Aimé Césaire qui lui avait offert le texte d'Alfred, avec ma bibliographie, sans son nom ou la provenance des informations.

Il s'en foutait pas mal, Alfred. Mais une correspondance est née, où il s'agissait parfois de littérature, parfois de plagiat, sinon d'Haïti.

Dans cette correspondance, il y avait celle qui traitait des autres dossiers pour Île en île, pour lesquels Alfred a réuni les photos et les éléments bibliographiques, et rédigé un texte de présentation biographique.

Joseph Zobel, d'abord. Pour ce dossier, j'ai fait remarquer à Alfred que l'encadrement que nous utilisons de sa photo garde l'insigne rouge de la Légion d'honneur sur la veste de Zobel. Et je lui ai dit que nous nous étions ratés en personne, puisque j'avais rencontré Joseph Zobel le même jour et au même endroit où Alfred avait pris la photo que vous voyez sur la présentation de Zobel sur Île en île. Mais je ne l'y avais pas croisé, Alfred, puisque nous ne savions pas que nous étions tous les deux à Paris et au Salon du livre ce jour-là, le 24 mars 2002. Par la suite, j'ai pu ajouter des enregistrements de la voix de Zobel dans les pages-annexes du dossier d'Île en île, des sélections du disque ramené de chez Papa Jo par Yane. Et Alfred a fait, après la mort de Joseph Zobel, un site-hommage consacré à l'écrivain. (Francesca m'informe qu'elle va transférer le site de Zobel sur Potomitan.)

C'est Alfred Largange qui m'a fait découvrir – et qui vous fait découvrir – Guy Cabort-Masson, par un troisième dossier d'un homme de lettres martiniquais. Cabort-Masson est sociologue, militant, engagé dans une pédagogie alternative dans les années 1970, essayiste... Je vous renvoie vers la présentation de Guy Cabort-Masson.

Alfred Largange avait 35 ans le jour de sa mort.

Après sa mort, j'ai reçu un courriel de son amie Micaela Rojas, qui nous a transmis des liens vers des traces d'Alfred – qui avait un pseudo (et une fois un site nommé) Bwabrilé – que l'on trouve sur le web, dont un article sur Matrix et un entretien avec Ramon Grosfogueles publiés dans le New West Indian, un article sur le roman Diab'la (de Zobel) sur Potomitan, et son Rapport sur la coopération martiniquaise et régionale. Peut-être que la page-hommage à Alfred Largange sur Potomitan aura un jour des liens pour retrouver tous les textes d'Alfred.

C'était un amoureux de la Caraïbe, Alfred Largange, un amoureux des îles et d'Haïti. Pendant deux de mes voyages en Haïti – pays où moi, du moins, n'ai pas le temps ou forcément une connexion pour m'occuper souvent de mon courriel – j'ai eu un échange avec Alfred. Hasard ? La dernière fois, c'était au sujet de Joseph Zobel, au moment de sa mort le 17 juin 2006. Cela ne pouvait pas être un hasard, puisque j'étais en Haïti ce jour-là, et en compagnie de Yane Mareine qui connaissait si bien Papa Jo (voir ci-dessus), quand Alfred et moi avons échangé ces messages – à travers les mers et les îles – au sujet de Joseph Zobel.

On a échangé une série de messages au sujet des textes d'Alfred écrits pour Île en île qui sont plagiés ailleurs sur le web, par la presse et dans des livres, sans citer son nom ni celui d'Île en île. Il y avait des courriels amusants partagés entre Suzanne Dracius, Alfred et moi au sujet de Grioo.com, par exemple, qui se plaignait des gens qui plagiaient leur site, quand Grioo ne se gênait pas à se servir librement des textes et images d'Île en île, dont tout n'est pas effacé...

Et puis, il y avait une conversation libre avec Alfred, selon l'inspiration. Dans ma boîte de réception (Inbox), je retrouve un message de lui auquel je n'avais pas encore répondu où il s'agit de Fabienne Kanor (que je pouvais aller voir sur YouTube), du mot taïno, ouragan / hurricane... et d'autres sujets encore. Alfred me disait que quelqu'un qui recherchait une subvention (une demande qu'il espérait aboutir nulle part) pour se consacrer à Aimé Césaire, se servait librement, écrivait-il, "du texte que j'avais rédigé pour d'Iles-en-Iles" (qu'il orthographiait toujours ainsi). Son courriel se termine,
"Enfin, le plagiat n'est-il pas un hommage du vulgaire ?"
Je peux confirmer qu'en plus de mes propres hommages respectueux et amicaux, Alfred Largange a déjà reçu beaucoup d'autres hommages "du vulgaire", et des vulgaires !

En janvier, j'ai fait escale dans le bel aéroport de Singapour en revenant d'un voyage sublime à Bali. Je lui ai écrit ne pouvoir m'imaginer vivre à Singapour comme lui, mais lui disais que, pourquoi ne pas faire escale une prochaine fois, qui sait quand, pour le rencontrer à son île de Singapour ?

Comment terminer ? En disant à son amie, Micaela Rojas, que je ne l'ai jamais connu, Alfred – elle le connaissait depuis 20 ans – mais que j'aimerais découvrir Emile MONA, pour elle, pour lui. Du courriel de Micaela, je cite le texte de la chanson, pour ne pas oublier.
Agoulousse lan mô

Ti-chimen an yo kryé lan mô a
Piti piti piti, nou tout' la ké pasé
Piti piti piti, fok nou pasé kan mêm
Pasé nou ka pasé, pasé anlè tè a

Yo chanjé nom'y pou yo ba'y nom volè
Poutchi ou kryé'y vôlè, sa i ja volè ki ta'w
Poutchi ou kryé'y volè, Bondyé pa lé'w lè ou mô
Pasé nou ka pasé, pasé anlè tè a
"

Je vous remercie, Micaela, de nous avoir tenu au courant. Avec mes hommages partagés et mes condoléances à sa famille et à ses proches, je rappelle que l'échange amical que j'avais avec lui n'est rien par rapport à son geste généreux que je souligne, c'est-à-dire, ses diverses façons de présenter la littérature et la culture antillaises, et de célebrer ses compatriotes martiniquais en les faisant mieux connaître par ses recherches diffusées, comme on le voit, par le web. Je le remercie encore une fois en lui disant adieu.

Les notices publiques de son décès informent qu'il est né le 8 décembre. Comme moi. Cette année 2007, je serai à Lyon, où "le 8 décembre dure 4 jours" : fête de l'Immaculée Conception, fête de la ville de Lyon : les rues se remplissent de foules qui se promènent dans les traboules et sur les places, avec les lumières laser et les lumignons dans toutes les fenêtres. Pour la Fête des Lumières à Lyon cette année, le 8 décembre, j'allumerai un lumignon pour Alfred.

Adieu, Alfred. Aux retrouvailles virtuelles et Immaculées des 8 décembre.

Une bougie pour un esprit ami, intelligent et généreux, parti trop tôt.

TCS

dimanche 30 septembre 2007

sans filtre

30 septembre 2007

Sans filtre. Depuis longtemps ce titre qui me trottine dans la tête. Une vie, un roman, un jus de pommes, un récit, une cigarette... sans filtre. Ça vaut un roman qui me ressemble.

Nouvelle date, après ces vieux messages transférés. Automne à New York. Encore plus d'un an avant de voter pour mettre... Dennis Kucinich à la Maison Blanche? On peut encore rêver. Quand j'ai répondu à une dizaine de questions sur Select a Candidate 2008, c'est Kucinich le seul candidat qui corresponde à toutes mes réponses. Encore un an pour que l'argent de la machinerie guerrière nous sponsorise un autre candidat qui sera moins pacifique, moins démocrate.

restons x-centriques alors, éloignés des idées courantes.

Fin septembre, rangement de paperasses d'été, d'autres espaces virtuels.

Nouvelle saison, nouvelles pages littéraires.

à suivre.

TCS

Diversité culturelle

[dernier des fichiers 2005-2006, celui-ci non pas en ordre chronologique]

13 juin 2005

Si je n'avais pas reçu le « trophée de la diversité culturelle » en mars dernier, je me serais moins focalisé sur le sujet du jour, sans doute... Il m'arrive de voir des journalistes constater la popularité des personnes ou des idées en donnant un chiffre obtenu par Google. « Diversité culturelle » vient de me donner quelques 688.000 résultats. On dirait que c'est une expression vraiment à la mode ces jours-ci.

En avril, il y avait un colloque au Sénat, Le Printemps de la Diversité Culturelle. Le colloque était organisé par le Cercle d’Action pour la Promotion de la Diversité en France (le CAPDIV) ; un ami qui y était m'a dit que l'écrivain Olympe Bhêly-Quenum avait brandi une copie du recueil d'essais que j'ai publié chez Karthala en 2002, paroles diverses des populations idem en France. Le programme avait l'air intéressant...

En feuillettant virtuellement Respect Magazine – ceci dit, j'aime bien leur devise, « décoloniser nos imaginaires » – j'y vois une enquête sur la Charte de la diversité. Ils essaient également de donner visage à, et de célébrer, la France diverse.

Est-ce ça bouge finalement en France, comme ailleurs ?

J'ai entendu de opinions diverses (e.g., Calixthe Beyala, Raphaël Confiant) sur la question de l'invisibilité des « minorités visibles » en France (oui ou non pour la question des quotas à la télévision, par exemple). D'ailleurs, j'ai l'impression que cette expression vient du Canada – allez voir la section sur les « Origines ethniques » sur le site du Statistique Canada. N'est-ce pas dans l'air du temps des Chirac, Sarkozy et cie, les minorités visibles ? Dans la ville de New York, comme dans l'état de Californie, il n'y a pas de majorité, alors comment faire quand on est tous minorités (et évidemment tous visibles) ?

Finalement, ce n'est pas une mauvaise chose que d'avoir le site web « île en île » honoré par le « trophée de la diversité culturelle » (« attribué à une personnalité, personne ou entreprise apparentée ou non au monde francophone, ayant contribué, de quelque manière et dans quelque domaine que ce soit, au maintien ou au développement de la diversité culturelle dans le monde »). Sur le site des Trophées de la langue française, on peut trouver des détails sur la soirée à Amiens, curieusement sans mention du nom du sculpteur des trophées cette année, Niko, qui nous a créé de belles pièces en bois.

En mai, quand Dominique Batraville m'a posé des questions au sujet du trophée pour Haiti Press Network, je suis revenu sur cette question de diversité culturelle (lisez l'entretien posté en ligne le 10 mai 2005)... Mais à quoi bon finalement parler de tels sujets à une population haïtienne ? Ce sont plutôt aux Français que je devrais m'adresser, pour rappeler les oublis envers leur propre histoire (la diversité ?), haïtiano-française.

Il y a tant de questions d'étiquettes, acceptées ou pas. Si vous étiez invité(e) à une soirée destinée aux « communautés ethnoculturelles » (comme l'invitation de Télé-Diversité Montréal 2005 vers laquelle renvoie le lien), est-ce que vous y iriez ?

Chantons donc le divers... À Montréal en juillet, il y a le festival Divers/Cité (la Célébration de la fierté lesbienne, gaie, bisexuelle, transexuelle et travestie), autrement culturel, n'est-ce pas, au pays du PQ...Trinquons au divers, à la cité, au Q – pas aux ghettos ni aux cultes – à la culture, a la diversité.

TCS