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12 octobre 2008

10 ZAN !


Île en île, 10 ans
New York, le 12 octobre 2008

10 ZAN!

J’ai trouvé le morceau de musique approprié pour l'occasion, «Kala» du disque 10 Zan de Ziskakan.

Ça fait 10 ZAN aujourd'hui que j'ai mis le site Île en île en ligne pour la première fois.

Je vous invite à lire mes réponses aux questions de Stève Puig, « Île en île ; dix questions pour dix ans ». L'espace de ce blogue (X-centri-cités) vous invite également à réagir à l'entretien ou à laisser vos remarques au sujet du site.

C'était un moment approprié pour faire un bilan de cette base de données présentant la littérature et les écrivains des îles :

Haiti, Martinique, Guadeloupe, Guyane

Maurice, Réunion, Comores, Madagascar

Nouvelle-Calédonie, Polynésie
bien plus de 200 dossiers d'auteurs -- biographies, bibliographies, extraits de textes, enregistrements sonores...

merci de célébrer cet anniversaire en parcourant le site pour découvrir des auteurs « insulaires » et leurs oeuvres si diverses, si riches.

10 ans !

TCS

30 septembre 2007

Un beau fruit étrange de Kettly Mars

3 avril 2006

Le dernier roman de Kettly Mars, L'Heure hybride, nous raconte l'histoire d'un fruit étrange…

Lors du Salon du livre de Paris le mois dernier, on affirmait que c'était le premier roman de Kettly Mars. Contexte parisien des francofffonies oblige, il fallait rappeler qu'il y a des livres en langue française qui ne sont pas Made in France… Kettly Mars a une oeuvre déjà. (Voir une présentation de Kettly Mars sur Île en île.)

« L'heure hybride » du titre est celle où la nuit s'accompagne d'une journée naissante, où « la lune énorme et froide... [mêle] sa lumière à celle de l'aube ». Pendant l'émission du Bateau Livre le 19 mars 2006, Frédéric Ferney a demandé à l'auteure ce que c'est que « l'heure hybride ». C'est un questionnement, a-t-elle répondu, une angoisse perpétuelle, la quête de « qui suis-je ? » du personnage principal.

En lisant le roman, je pensais (difficile à expliquer pourquoi) à la chanson « Strange Fruit », rendue si célèbre par Billie Holiday. « Strange Fruit », vous connaissez ? Écrite par un enseignant juif du Bronx, Abel Meerepol (dit Lewis Allan), la chanson a également donné le titre à un documentaire sur Billie Holiday. Les fruits de la chanson en question étaient plutôt les hommes noirs, lynchés, qui pendaient comme de drôles de fruits aux arbres… Comme pour l'étrangeté de la voix tragique sui generis de Billie Holiday, le personnage principal du roman de Kettly Mars me faisait penser à un fruit étrange: Jean François Éric L'Hermite, dit Rico L'Hermite.

Tout de même, dans le roman il ne s'agit pas de tragédie ; le héros ne meurt pas. Mais il porte en lui une certaine étrangeté, dont son angoisse, et il n'est pas le seul personnage unique du roman. Parmi les personnages secondaires par exemple, il y a Vaura, locataire de la même pension que Rico. « Fleur étrange », cette étudiante en psychologie snobe notre héros ; elle le dérange et refuse ses avances. Rico reste sûr de lui, convaincu qu'elle succombera à ses charmes : « Je l'aurai à l'usure, au timing comme on dit, quand les petits amis encore imberbes ne pourront plus combler… ».

Tout dans le roman se passe en une seule soirée, entre 5 heures 35 et neuf heures dix du soir. C'est le lendemain d'une soirée particulièrement mouvementée pour le héros qui se réveille et se prépare pour une autre tournée nocturne à Port-au-Prince. « L'heure hybride » évoque également le moment où la journée se transforme en crepuscule, moment de transformation et de réflexion pour la faune de nuit comme Rico. En se levant, Rico se rappelle la soirée torride avec des amis fêtards de musique, d'alcool et de sexe : « Nous fréquentions le salon de Patrice pour les mêmes raisons, lever du gibier »
En moins de quatre heures, tout se passe pendant le réveil de Rico qui s'apprête à ressortir. Âgé bientôt de 40 ans, Rico fait un bilan de sa vie. La bête de plaisir réfléchit à sa vie passée ; l'anniversaire qui s'approche s'annonce décisif.
Je m'empêche de révéler la dernière partie du roman pour ne pas gâcher le plaisir d'une première lecture. Ça m'agace tant, en fait, de lire des comptes rendus qui révèlent trop de l'intrigue. Un exemple est facile à trouver avec un titre préféré, L'Espérance-macadam, de Gisèle Pineau. Souvent la critique de ce roman de 1995 (et jusqu'à la 4e de couverture de la version poche) dévoile une partie trop importante de l'intrigue. Comme pour L'Espérance macadam, L'heure hybride sera autre à la 2e et énième lecture.

Il faut pourtant donner une idée du sujet. En trois mots, Rico L'Hermite est fils de pute. Une sorte de Don Juan (mise en scène à la Roger Planchon si vous le voulez), les victimes de ses charmes comprennent de vieilles dames qu'il baise au propre comme au figuré. Bel homme, « mulâtre brun, un griffe ou un grimaud amélioré », il sait profiter, à l'instar de sa mère, de ses charmes et attributs physiques, sa « belle gueule » et ses « yeux couleur de miel ». Coureur de femmes, gigolo quand ça lui permet de vivre et quand ça l'amuse, c'est une bête à plaisir. « On vit sans honte sa misère » dit-il, comme sa mère, simple, digne et regrettée : « Je ne sais à quel critère évaluer sa moralité, mais si elle fut amorale, elle le fut avec distinction ». Comme elle, dit-il, et « Avec elle, le sexe et le plaisir habitaient mon quotidien au même titre que le vent, le soleil ou la mer ».

Rico est un personnage hors temps, hors contexte : son histoire est universelle, même si elle se déroule sous une dictature et dans une misère précises (un journaliste tombé par-ci, et par-là, une première dame qui offre un spectacle de générosité vide de sens lors de son passage à un orphelinat) : une « corruption qui mène le pays [et] fait la loi ». « Ici on ne parle pas. On n'enquête pas sur la misère. On ne dénonce pas », on ne soulève pas de vagues…

Le lecteur apprend à aimer Rico dont la mère le préférait « intelligent et fainéant qu'actif et bête » ; il est beau, charmeur et surtout seul. Il aime s'amuser chez son ami Patrice où l'on oublie ses misères dans les fêtes de beau monde et de racaille, douce et dure. On y retrouve également (et dans un néologisme de Kettly Mars) « la gigolaille » dont il fait partie.

Sauvage et solitaire, Rico L'Hermite est un beau fruit étrange. Roman d'une « douce angoisse » et d'une « violente tendresse » (je ne fais que citer quelques fragments), j'espère en avoir dit assez pour inspirer une lecture…

Kettly Mars, L'Heure hybride, roman paru aux éditions Vents d'ailleurs.

TCS

leçon de French - bananes carnavaillantes

12 février 2005

Une complicité comme amateurs de saturnales avec l'écrivaine Suzanne Dracius m'a inspiré à faire un cours de langue cette semaine, French 102 (deuxième semestre), fin de carnaval oblige.

D'abord, un mot sur ma correspondante. Si cette semaine on a vu la Condoleezza devant les tribunes de mecsmecsmecs (blancs) à Sciences Po ô ô à Paris*, de Fort-de-France c'est plutôt une Calazaza, Suzanne Dracius, qui m'écrit au même moment. Non moins intelligente, les armes de la Dracius sont moins meurtrières que celles de la Condi d'après qui on a baptisé un pétrolier. 

Dracius et Spear, Fort-de-France, 1995
Une conversation entendu dans un taxi à Casablanca avec l'écrivaine foyalaise et le sexologue Malek Chebel me confirme que la Calazaza serait plus portée par l'idée de faire construire des fontaines de jouissance (jusqu'à en faire sourire un macho de chauffeur marocain). Enfin, lisez la présentation de Suzanne Dracius sur le site Île en île, où vous pouvez l'entendre lire « De sueur, de sucre et de sang » et où vous verrez la liste de ses dernières publications. À titre informatif, un secret derrière un dossier... le jules arraché d'à côté d'elle de la photo-portrait du site n'est autre que Valmont.... er, mézig ! Je vous colle une photo de deux esprits libertins aussi souriants il y a 10 ans qu'aujourd'hui.

* ceci dit, pour quelqu'un qui ne peux pas saquer la Condi, je trouve quand même curieux qu'une femme traitée de « Dr. Rice » aux E-U, plutôt normale pour quelqu'un de sa stature (doctorat etc.), en France de langue plus sexiste, elle devient tout simplement « Madame Rice ».

La semaine du Mardi Gras était propice pour parler des villes comme Jacmel, Pointe-à-Pitre, Fort-de-France. Au sujet de la dernière, le site de la mairie www.fortdefrance.fr foirait... foyalement cette semaine -- j'étais convaincu que des djinns du Carnaval y étaient entrés. Une amie cinéaste guadeloupéenne cherchait d'urgence qualqu'un à livrer un colis en Martinique, et des bureaux étant fermés pour le Carnaval, allait payer un billet aller-retour NY-Fort-de-France. Un mot envoyé à Suzenne sur de tels sujets, et j'avais de quoi fournir une leçon de grammaire française.

Ci-dessous = mon petit divertissement post-mardi gras : ma leçon de French 102, mercredi dernier, mercredi « seins ». C'était un peu dur, 2 subjonctifs tout de suite, mais il y avait de bons mots comme carnavaillant(e)**, un vidé et le rhum (que je tenais à rajouter au texte)...

** ceci dit (bis), les blogs du Monde n'étant pas répertoriés par des moteurs de recherche -- tout est ici secret, Fay ce que vouldras ! n'est-ce pas -- j'attribue quand même publiquement la paternité... disons la maternité... de l'adjectif carnavaillant(e) à Mme Dracius ...

à titre informatif et pour connaître mon public : pour leur quiz de l'autre jour, j'ai donné aux étudiants la question « où est-elle née, votre mère ». Des 16 réponses, il y avait 4 fois États-Unis (2x NY, 1xBrooklyn, 1x EU), 2 x République dominicaine, 2 x Haïti et une fois chaque pour Brésil, Burundi, Cambodge, Cameroun, Ghana, Mexique, Philippines et Zimbabwe = en voilà pour le Bronx post-carnaval de 2005...

Voilà. Ci-dessous donc = la leçon French 102.

on se divertit comme on le peut. À suivre, nos merveilleux Gates -- et pour une fois ce n'est pas Bill G. ! -- de Christo et Jeanne-Claude, vous avez raison d'être jaloux de nous à New York ces jours-ci !

TCS

P.S. SD me dit que sur RFO télé cette semaine elle a entendu dire que les écrivains antillais ne sont pas suffisamment inspirés par le Carnaval. Évidemment, dit-elle, ils n'ont pas lu mon article sur les « Jouissances carnavalesques » paru il y a 10 ans dans le recueil Penser la créolité (Karthala 1995). Et vous, connaissez-vous une littérature antillaise ou haïtienne sans carnaval ?! ...




-------- Original Message --------
Subject: Re: carnavalesque ?
Date: Tue, 08 Feb 2005 01:02:28 +0100
From: Suzanne Dracius
To: Thomas Spear

le 7/02/05 21:07, Thomas C. Spear a écrit :

> le carnaval bat son plein ?

Oui, je suis encore "carnavaillante", bien que j'aie dégueulé, à cause du
plus mauvais champagne qui ait jamais été servi, chez X, samedi, dans
la soirée la plus huppée de la mulâtraille. Un comble. Ça m'apprendra.

Demain je vais chez les pauvres pêcheurs.

>> http://www.fortdefrance.fr
>> ION - Intruders Of Network

> t'as la même chose ?

Exactement, au mot près. C'est franchement carnavalesque; je me suis
déconnectée vite fait, parce que ça déconne à mort, ton site à la noix de
coco! Qu'est-ce que ça signifie? "Va te faire foutre" etc?> une copine désespérée

Suicidaire ou quoi? Un accompagnement sanitaire?
Si je comprends bien, j'ai failli te voir débarquer? Pourquoi pas?
Bon, demain je te dédie un vidé.

[...]

Bo fè-a! Bo fè-a! Nou pété lonba Vaval! Et pour cause. Cette année, le
bwa-bwa Vaval est une banane portant chapeau!! Donc, au menu, banane naine
ou banane jaune, et mercredi, banane flambée!

Biz

Abdellatif Laâbi et Souffles

29 janvier 2005

Puisque j'ai appris qu'Abdellatif Laâbi devait être l'invité sur l'émission « Les Matins de France-Culture » la semaine dernière, je me suis dit que c'était un moment opportun d'annoncer la mise en ligne des archives de la revue Souffles. Finalement, c'est la semaine qui vient où Abdellatif et Jocelyne Laâbi devront paraître sur l'émission de France-Culture – en principe, vendredi prochain, le 4 février. Passer voir sur le site de France-Culture pour confirmer la programmation. L'entretien sera disponible à écouter, après l'émission, sur le site des Matins de France-Culture.

Ci-dessous, un peu modifiée, l'annonce faite sur le site très utile pour les personnes faisant des recherches en littérature, Fabula, et sur la liste de discussion que j'anime qui s'appelle « franco-monde ».



Veuillez noter : Le nouveau site du poète Abdellatif Laâbi = www.laabi.net et le nouveau site des archives de la revue Souffles = www.seattleu.edu/souffles > laabi.net/souffles.

Vous connaissez sans doute la revue Souffles (1966-1971), dirigée par Abdellatif Laâbi. La numérisation de cette revue si importante a été un travail de longue haleine : j'ai commencé la mise en ligne avec 2 numéros en 1997. Carole Netter, du site ClicNet, a pris la relève jusqu'au numéro 6. (les numéros 1 à 6 restent sur le site ClicNet.) J'ai numérisé quelques autres numéros (10-15) et Anne George, à Seattle University, a terminé le travail (les numéros 7 à 9, et 16 à 22) en juillet dernier (2004) = sept ans d'efforts partagés, pour vous offrir gratuitement, sans publicités, l'intégralité du contenu de tous des numéros. Évidemment, nous remercions Abdellatif Laâbi d'avoir accepté de tout offrir au monde, sans les frais qui auraient été impliqués si une réédition en volume avait été faite.

Les moteurs de recherche ne trouveront pas encore les textes de tous les numéros, mais ça viendra. (et en fait il reste quelques détails à corriger pour la belle mise en page, mais les textes sont tous là.) Vous y trouverez de quoi nourrir vos recherches et de faire mieux comprendre une époque révolue – peu après l'indépendance algérienne, ces années 60 et 70 qui portaient tant d'espoir pour une solidarité internationale et des engagements dans des causes communes. Tant des textes gardent une actualité étonnante... Pour ceux et celles qui ne connaissez pas la revue, vous n'avez qu'à y jeter un coup d'oeil pour avoir une idée de cette mine de richesses : poésie, fiction, essais... tant d'auteurs y ont participé, du Maghreb, de la Palestine, des Caraïbes... Veuillez du moins parcourir la table des matières des 17 numéros (il y avait des numéros doubles) – vous serez ravis par les découvertes !

Voici une annonce que je suis très heureux de vous faire... Quand j'ai proposé à Abdellatif Laâbi de m'occuper à mettre Souffles en ligne – lors d'un colloque à Hammamet (Tunisie), organisé par Hédi Abdel-Jaouad en juin 1997 – je n'aurais jamais pu imaginer ce qui était impliqué avec ce projet ! Merci à Carole Netter, pour son travail et engagement personnel, et surtout à Anne George (les 5 derniers numéros surtout, sous format un peu différent, étaient les plus difficiles à numériser). Vous savez sans doute que, comme certains de ses collaborateurs, Laâbi a payé très cher – 8 ans de taule de Hassan II – son engagement. Nous lui rendons tout modestement honneur et respect en vous permettant de connaître l'intégralité de cette revue culturelle qu'il a dirigée.

Vous trouverez sur le site de Laâbi davantage de précisions, et pouvez par son site vous mettre en contact avec lui. Merci de faire circuler l'information (avec les 2 adresses URL en tête de ce message)... et bonnes lectures !

TCS

Souffles, revue culturelle arabe du Maghreb


Shenaz Patel ; La France et les étrangers

22 janvier 2005

Je vais revenir sur la littérature haïtienne (voir premier blogue), mais pourquoi ne pas profiter de cet espace babillard pour vous encourager à regarder l'émission Bateau Livre cette semaine sur France 5 ? Le thème cette semaine est « La France et les étrangers » (diffusion en France aujourd'hui 22 janvier à 23h35, demain dimanche le 23 à 10h19. Sur TV5, l'émission est diffusée mardi prochain, le 25 janvier -- voir le site de TV5 pour l'heure de votre diffusion locale).

Il y aura 3 invités sur le plateau : Alain Montandon, pour un essai collectif, Le livre de l'hospitalité, Olivier Pétré-Grenouilleau, pour Les traites négrières, et Shenaz Patel, pour Le Silence des Chagos.

Il y a toujours le problème de ce paratexte littéraire – l'entretien télévisé, radiophonique – où l'on juge un auteur non pas par ce qu'il écrit, mais par sa façon de se présenter et de parler des sujets qui n'ont rien à voir avec l'écriture. Dans son livre Le Voyage en pot (un recueil qui réunit une série de chroniques écrites pendant un séjour en France et publiées à l'époque au Québec), le romancier québécois Louis Hamelin se moque de l'entretien auquel les auteurs sont obligés de se plier pour vendre ce produit, leur livre – « explique-nous ton livre, bozo, ça va nous sauver du temps » ! Mais, aujourd'hui, rares sont les auteurs qui arrivent à vendre s'ils n'acceptent pas de telles interventions publiques…

Étant quelqu'un qui suit l'actualité littéraire francophone, je suis toujours étonné de voir à quel point les écritures francophones qui viennent « d'ailleurs » sont si peu présentes sur les plateaux en France. En fait, si un livre de langue française n'est pas publié en France, on n'entendra pas parler dans ce pays que les colonisés appellent « la métropole »… Évidemment, par une émission sur France5 et TV5, nous nous trouvons déjà dans les marges de l'espace français audiovisuel si franco-français…

Shenaz Patel, romancière et journaliste mauricienne, est l'auteure de deux courts romans, Le Portrait Chamarel (Prix Radio France du Livre de l’Océan Indien 2002) et Sensitive (Olivier 2003). Sensitive est un très beau roman, raconté du point de vue d'une jeune fille…  je ne devrais pas révéler le sujet – il vaut mieux que vous découvriez vous-même – c'est un récit dur, prenant, sensible.

Shenaz Patel est invitée sur l'émission Bateau livre pour son dernier roman qui vient de sortir, Le Silence des Chagos (Olivier).

Les Chagossiens sont les habitants de l'île de Diego Garcia (et d'autres petites îles) qui ont été expulsés par les Britanniques en 1966, deux ans avant l'indépendance de Maurice. (Vous vous rappelez peut-être, au moment du début de la guerre actuelle en Iraq, quand les Turcs ne voulaient pas permettre aux Américains d'utiliser les bases chez eux, que la base militaire de Diego Garcia servait aux Anglais et aux Américains pour les bombardiers partant vers l'Iraq.) Pour en savoir plus, voir l'article de Libération du 27 juillet 2004, « L'île de la relégation pour les Chagossiens » (cliquez pour lire l'article, reproduit sur le site minorites.org).

J'ai entendu Shenaz Patel parler sur RFO cette semaine, invitée avec Daniel Picouly – malheureusement l'émission ne semble plus en ligne – où elle raconte comment les femmes chagossiennes, courageuses, l'ont marquée quand elle était jeune et ont servi comme inspiration pour ce dernier roman.

Voilà – un petit blogue pour vous encourager à regarder l'émission, et surtout à lire une écrivaine qui mérite votre attention.

TCS

Lettres haïtiennes

18 janvier 2005

Premier blog.* Partager publiquement quelques lectures glanées au cours de la route. J'écris sous un ciel bleu newyorkais, le froid de janvier deux jours avant la deuxième inauguration de W., et je prends comme inspiration de blogueur* les messages en ligne depuis plusieurs années de Michael Moore, qui vous rappelle que tous les Étatsuniens ne sont pas complètement ignares et endormis.

Une nouvelle revue voit le jour, Riveneuve Continents, avec une ambition d'atteindre les cinq continents de lettres francophones. Les réalités politiques et surtout économiques permettent rarement les lettres francophones à librement s'échanger (à 20€, cette revue se vendra-t-elle ailleurs qu'en Europe et au Canada ?) mais la géographie des lettres francophones de la revue m'intéresse.

Depuis plus de six ans, je crée un répertoire d'auteurs francophones insulaires sur le site web Île en île. J'ouvre un blogue sur le site du Monde ** pour inviter à des lectures (hors ligne !) des auteurs présentés sur le site. Le site présente des auteurs des Antilles (Guadeloupe, Guyane, Martinique) et d'Haïti, de l'Océan Pacifique (auteurs polynésiens et bientôt de la Nouvelle-Calédonie) et de l'Océan Indien (Comores, Madagascar, Maurice, Réunion), avec des biographies et bibliographies (souvent accompagnés de textes et de lectures audiophoniques). Il y a plus d'une centaine de dossiers d'auteurs, dont plus d'une soixaintaine sur les écrivains d'Haïti.

Un an après l'année du bicentenaire haïtien, j'encourage une (re)lecture des auteurs haïtiens classiques et contemporains, poètes, dramaturges et romanciers, connus et moins connus. Sans parler des désastres météorologiques, écologiques et politiques de 2004, l'année du bicentenaire a donné un fort élan international à des auteurs haïtiens, en premier lieu Frankétienne, suivi par des auteurs comme Lyonel Trouillot et Gary Victor qui ont également eu une bonne presse en France et ailleurs.

Les auteurs haïtiens sont de plus en plus disponibles en France : Les éditions Vents d'ailleurs republient l'oeuvre de Frankétienne, de nouveaux romans de Gary Victor et, autre bel exemple, la republication en 2004 du Livre d'Emma, de Marie-Célie Agnant (publié d'abord chez remue-ménage en 2001). À Montréal, les éditions CIDIHCA viennent de republier Mémoire d'une amnésique, de J.J. Dominique – 20 ans après sa première publication en Haïti – et la nouvelle maison, Mémoire d'encrier, primée au Festival Insulaire d'Ouessant pour Anthologie secrète de Davertige, développe un catalogue agrandissant de publications, dont des livres pour la jeunesse et de la poésie haïtienne classique et contemporaine.

Je n'ai pas besoin de faire un bilan des publications de lettres haïtiennes de 2004 ; c'est déjà fait dans le court résumé « Des livres haïtiens » par Yves Chemla, dans le numéro 12 (23 décembre-12 janvier) d'Haiti Tribune, le nouveau journal bi-mensuel basé à Paris qui vise un lectorat d'Haïti et de la grande diaspora. A Port-au-Prince, Le Matin (site web en construction) est re-né en 2004, redonnant une vitalité à la presse quotidienne. En 2004, on a vu un numéro spécial (« À quoi rêve Haïti ? ») d'Africultures (janvier), une section spéciale dans Le Magazine littéraire en mai, et tant d'autres publications, dont le numéro spécial, en octobre, de Revi Kiltir Kreol (publié par le Nelson Mandela Centre for African Culture à Port-Louis, auquel j'ai participé et que je n'ai pas encore vu).

Les francophones peuvent lire Rosalie l'infâme, le roman d'Évelyne Trouillot (Dapper 2003) dans l'original. La présentation de l'auteure en anglais, dans le numéro winter 2004/2005 de Bomb magazine, révèle malheureusement trop de l'intrigue. Le numéro de Bomb présente quelques auteurs et artistes haïtiens, avec un entretien entre Evelyne Trouillot et Edwidge Danticat. En écoutant les discussions au Sénat américain ce matin pour confirmer Condoleeza Rice comme Secrétaire d'État des É-U, je pense à l'exemple de l'oncle de Danticat, mort aux mains des agents de la nouvelle agence de « Homeland Security » en Floride… (voir le dossier spécial sur le site de la National Coalition for Haitian Rights).

Il y a toujours des recherches en cours pour les dossiers et archives du site. Sur la page du poème « Front Haut » de Roussan Camille, par exemple, vous verrez des photos dont les personnes restent à identifier. Avec les éditions CIDIHCA à Montréal, nous envisageons des cédéroms sur les lettres haïtiennes ; un premier projet pour 2005 est un cédérom sur les auteurs haïtiano-québécois, destiné aux écoliers au Canada.

Le blogue vous invite à afficher vos commentaires, que ce soit au sujet des lettres haïtiennes ou d'autres qui verront le jour. Je n'envisage pas une rédaction fréquente en ligne, mais quelques préoccupations littéraires pourraient inspirer un blogue occasionnel. Pour l'instant, je signale le site web Île en île, en partie pour partager les découvertes, en partie pour signaler un site qui est de plus en plus plagié, sur le web et ailleurs. Pour cette raison, il se peut qu'un sujet à venir soit le copyright, les droits d'auteurs et le plagiat. À un autre moment la poésie réunionnaise, le roman mauricien, le prix du livre, l'autobiographie…



En 2005, vous pourrez enfin lire le chef d'oeuvre de Marie Chauvet, Amour, colère et folie, disparu depuis sa première publication chez Gallimard en 1968, et qui doit sortir ce mois-ci (chez Maisonneuve & Larose et Emina Soleil). Les éditions Mémoire d'encrier vont republier l'oeuvre d'Ida Faubert cette année… Tant de lectures à découvrir et à partager.

Pour terminer sur un mot aux lecteurs de pays riches, pensez à envoyer vos dons à des organismes tels ROCAHD (le Regroupement des Organismes Canado-Haïtiens pour le Développement) ou FOKAL (Fondation Connaissance et Liberté, qui soutient un réseau de 50 bibliothèques en Haïti).

TCS

« île en île » - page d'accueil

* blog ou blogue ? voir la fin du message du 28 mai 2007.
** Blogue ouvert sur le site du journal Le Monde en janvier 2005, transféré sur le site actuel en septembre 2007.

Transfert du blog(ue), "lettres francophones"

Je suis sur le point de transférer les vieux messages (2005-2006) d'un blogue que je faisais sur le site du quotidien français, Le Monde. J'aime bien ce journal indépendant, et mon abonnement est toujours actif, ce qui permet d'avoir une adresse comme http://spear.blog.lemonde.fr.

Pour ne pas dire davantage, disons que je devais me débarrasser de ce .fr qui colle à la fin. Je ne suis pas plus en France qu'en espace francophone ; New York est hors-zone des francocacophonies… Passer sur blogspot.com est une concession à Google, peut-être, mais du moins ce n'est pas Microsoft.

Et la mise en page est propre.

L'émission X-centri-cités n'est toujours pas une réalité. Tant pis, je prends l'espace X-centri-cites.blogspot.com pour y transférer les messages de mon ancien blogue sur le site du Monde, Lettres francophones, une douzaine de messages du 18 janvier 2005 au 20 septembre 2006.
Moins d'un par mois. (Ça m'étonnerait que sur blogspot je sois plus prolixe.)

D'ici peu, je fermerai le blog(ue) du Monde, même si ça fait sauter des commentaires… Mes « Lettres francophones » seront ici.

À suivre.

TCS

28 mai 2007

X-centri-cités ?

X-centri-cités. C'est le nom choisi pour une nouvelle émission de télévision, pour la télé câblée du Bronx, BronxNet. Il reste à savoir quand cette émission verra le jour.

On a filmé 3 émissions pilotes, avec Dominique Fernandez, Régine Robin et James Noël, en mars et en mai. Ce n'est pas pour demain la diffusion des premières émissions. Je traîne donc l'idée d'un projet en train de se réaliser, et ouvre un nouvel espace où je pourrais en parler, comme d'autres sujets du jour.

Le titre a été trouvé par Béatrice Coron, maître ès papiers découpés. X-centri-cités sera une série de conversations urbaines... des discussions (en français) pour intéresser en premier lieu un public du Bronx, où l'émission sera tournée et diffusée au début. "Cités" comme celle du Bronx, un maelström de création désaxé du "centre" de New York, Manhattan. Un X pour Malcolm et des remarques qui ne se trouveront pas sur l'émission (exemple : pour sa première promenade à Harlem, j'ai trouvé James Noël incrédule à découvrir une succursale de la Bank of America au rez-de-chaussée de la mosquée Malcolm Shabazz au coin de la 116e rue et du boulevard Malcolm X [Lennox]…). Et du centre, on s'en moque ! Nous y sommes, nous n'y serons jamais. Le pluriel est de vigueur, X-centri-cités, voix plurielles. Des centres, des conversations… littéraires et paralittéraires.

Memorial Day aujourd'hui aux States. Viendront les journées en mémoire de… Pour l'instant, il ne s'agira que de la mémoire d'un autre site blogue. Dans les jours qui viennent, je vais transférer sur ce blogue  X-centri-cités tous les messages de mon ancien blogue (2005-2006) hébergé sur le site du quotidien, Le Monde. Par la suite, de façon très sporadique, je pourrais rajouter des remarques en ligne. Je ne sais pas comment d'autres trouvent le temps pour de telles entreprises.

Il y a des liens vers les pages d'auteur du site Île en île, présence en ligne déjà bien établie et dont je suis le responsable depuis 1998. La base de données littéraire d'Île en île est toujours une invitation à la découverte.

Blogue ou blog ? L'Office québécois de la langue française donne blogue, avec justification. Je vois que la formule en French de Google donne "blogger", tandis qu'au Canada on dirait plutôt bloguer comme verbe, ou bloguer / blogueuse pour la personne. "Blogger" est évidemment le terme anglais, se rapprochant curieusement de "bugger", d'ailleurs… (no comment).

X-centri-cites.blogspot.com. Que je le dise, dès le début : à ne pas confondre cet espace blogue avec Île en île ou avec l'émission X-centri-cités en traîn d'être créée. Je signe le blogue de mon nom, tout en rappelant que j'assume autrement la responsabilité de tels espaces publics.

Thomas C. Spear
X-centri-cités