jeudi 3 juin 2010

Histoire d'un tableau

À une réception de fin d'année, ma collègue Carmen me dit qu'elle part à Seattle, où habite son frère. Seattle? lui dis-je, je te demanderais s'il te plaît de me rendre service ; je t'apporterai enfin ton exemplaire de mon "Scorpion" la semaine prochaine avec les détails...

La course, the wild goose chase, est auprès de Greg Kucera, de la Greg Kucera Gallery. Il y a ce tableau que je cherche depuis si longtemps... peint par Michael, pour moi, avec une image de moi dedans.

La nécrologie de Michael Ehle (1954-1999) que l'on trouve dans des archives (du Seattle Times) vous donne des faits qui décrivent l'homme public. J'ai deux tableaux de lui, des gravures, des lettres (de cette époque avant l'emploi du courriel)... C'était un grand ami, Michael, précieux, avec une superbe collection éclectique de musique (nous sommes en 33 tours vinyle), un sarcasme et des dons exceptionnels.

Depuis plus de 20 ans, je traîne (depuis 6 mois par terre dans le couloir d'entrée) le cadre pour le tableau qu'il avait fait pour moi. Un tableau que je recherche depuis longtemps, tout simplement pour le voir.

Déjà ma copine la couturière Margaret était allée -- ça fait une décennie -- demander pour moi. cadre

Il y a un an, j'ai envoyé Michèle, de passage à Seattle, avec les détails : un cadre oval à l'horizontale, avec un espace maximal pour l'image de 18x26 pouces. J'avais envoyé le tracé à Michael, et il était question qu'il me fasse quelque chose de gai pour ma cuisine. Il y aurait moi dans le tableau, m'avait-il dit, c'est tout ce que je savais, à part ce format particulier du cadre.

Trop peu de détails lui répond Kucera à l'époque, il avait vu passer des tableaux, ça ne lui disait rien.

Pourquoi est-ce que je traîne ce cadre avec moi depuis si longtemps ? je l'avais trouvé dans la cave de l'immeuble que j'ai quitté en 1990 ; j'étais avec mon amie Bettina Pasik, qui vivait dans le même immeuble à l'époque. Deux amis peintres capricornes : elle, née le 17 janvier ; Michael, né le 18 janvier.

La dernière fois que j'étais à Seattle remonte à qui sait combien d'années, mais Michael était encore vivant, avec ses hauts et ses bas. Il avait enfin peint le tableau et puisqu'il produisait si peu les dernières années, il l'avait jugé trop cher pour me l'offrir. De toute manière, il n'était pas question de parler de prix puisque, à ce moment-là, le tableau était en exposition à Portland. Je n'avais donc pas pu le voir.

Mardi dernier, je suis passé à la fac avec un exemplaire de L'Atelier d'écriture pour Carmen (pour lui donner le chapitre "Le scorpion"), lui disant que j'allais lui préparer un message, pour demander de nouveau, si elle est dans le quartier de Pioneer Square downtown Seattle un jour. Au cas où...

Je rentre à la case et je reçois un courriel fesse-bouc de ma copine Margaret, de Seattle. Quand viens-tu te promener dans les jardins du Seattle Art Museum? me demande-t-elle pour me faire le bonjour. Coïncidence, une journée Seattle? Je commence à répondre à Margaret, mais il n'est pas étonnant que je fasse une mauvaise manip' en lui écrivant et mon message est effacé. Parce que,

Lo and behold! je recherche Michael Ehle et Bing! ça me saute aux yeux.

Je retrouve en ligne une douzaine d'oeuvres de Michael Ehle en vente par Seattle Art REsource Gallery, que je ne connaissais pas (First @ Cherry?), mais j'y retrouve le nom de Greg Kucera, qui représentait Michael pendant des années.

Et puis ça... moi. L'immersion, ça s'appelle. On pourrait y voir un autoportrait de Michael aussi, pourquoi pas, mais il m'avait dit m'y avoir mis.
1995. 13.5x19.5 pouces, cadre ovale horizontal. Il n'y a pas de doute ; il peignait si peu les dernières années. Voir en détail.

Michael me disait que j'avais les yeux verts. Mais ce n'est pas comme s'il n'a pas mis du bleu dans ce tableau.

Head above the water, for how long? Le tourbillon politique, médical, le sida, les morts innombrables.

Michael détestait avec passion les pouvoirs des Reagan et Bush père (1981-1993), comme dans son tableau, "La République" de 1990. Les amis mouraient de façon trop nombreuse. Si Michael avait vraiment terminé "L'immersion" en 1995, Clinton était déjà au pouvoir... Comme contexte politique, je vois dans ce tableau non seulement moi, et/ou lui, en train de s'engouffrer dans le tourbillon du sida, mais l'espèce humaine qui s'en va dans le trou.

Au fond, le volcan (du Pacific Northwest, of course), une colombe de la paix ?

Qu'est-ce que vous y voyez ?

Quelle chance, que Carmen parte à Seattle et que Margaret m'écrive : le vendeur venait de se débarrasser de toute une collection et ce tableau venait d'arriver à la galerie.

Je suis royalement content qu'on se soit retrouvés, ce tableau et moi. Ça vaut mieux qu'une nécrologie, comme thème de blogue.

Il faudrait que je me mette à en écrire l'histoire, et l'histoire du Capricorne.

Head above the water...

Immersion.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

With havin so much content and articles do you ever run into any issues of
plagorism or copyright infringement? My website has a lot of unique content
I've either authored myself or outsourced but it appears a lot of it is
popping it up all over the internet without my authorization. Do you know any solutions to
help prevent content from being stolen? I'd truly appreciate it.


Feel free to visit my blog thai massage London